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Une vente sans garantie légale ne met pas le vendeur à l'abri de tout

La clause « sans garantie légale, aux risques et périls de l'acheteur » ferme le recours pour vice caché, pas les autres. Un vendeur qui a menti, caché ce qu'il savait ou vendu ce qui ne lui appartenait pas reste exposé, et un vendeur professionnel ne peut pas s'en servir.

La rédaction Publié le 04/09/2026 Mis à jour le 04/09/2026

La clause est fréquente dans les ventes de maisons issues d’une succession, dans les reprises de finance et chez les vendeurs qui n’ont jamais habité l’immeuble. Pour l’acheteur, elle sonne comme un avertissement : si un problème apparaît après l’achat, il n’aura aucun recours. C’est en partie vrai. Mais la formule a une portée précise, et plusieurs protections de l’acheteur y survivent. À l’inverse, bien des acheteurs sous-estiment ce qu’ils abandonnent en la signant.

Ce que garantit normalement le vendeur

Le Code civil du Québec, au chapitre de la vente, impose au vendeur deux garanties distinctes.

GarantieCe qu’elle couvre
Garantie du droit de propriétéLe vendeur est bien propriétaire et transmet l’immeuble libre des droits qu’il n’a pas déclarés
Garantie de qualitéL’immeuble est exempt de vices cachés qui le rendent impropre à son usage ou en diminuent l’utilité

La clause « sans garantie légale » vise surtout la seconde. C’est elle qui permet, en temps normal, à un acheteur qui découvre des fondations fissurées, une infiltration d’eau dissimulée ou de la contamination de réclamer au vendeur une baisse de prix, des dommages ou, dans les cas graves, l’annulation de la vente.

Ce que la clause retire

Éducaloi l’explique simplement. Le vendeur peut exclure la garantie légale. La promesse d’achat et l’acte de vente doivent alors indiquer que la vente est faite « sans aucune garantie légale, aux risques et périls de l’acheteur ».

Acheter aux risques et périls, c’est acheter l’immeuble dans l’état où il se trouve, avec ou sans défaut. Si la garantie est exclue, précise Éducaloi, il devient impossible de poursuivre le vendeur pour un vice caché au sens habituel. L’acheteur perd le recours le plus courant après une mauvaise surprise.

Ce que la clause ne retire pas

La clause a des limites que la jurisprudence et les ressources publiques rappellent régulièrement.

Le dol. Selon Éducaloi, le recours qui subsiste est de démontrer que le vendeur a volontairement caché la vérité sur un aspect de la vente qui était très important pour l’acheteur. Un vendeur qui connaissait une infiltration récurrente, l’a masquée par des travaux cosmétiques et l’a tue, ne se protège pas par la clause. La preuve de cette connaissance et de la dissimulation repose toutefois sur l’acheteur, et elle est exigeante.

Les fausses déclarations. Une réponse inexacte dans les déclarations du vendeur, par exemple nier un dégât d’eau connu, relève de la même logique. La clause d’exclusion ne couvre pas un mensonge.

La garantie du droit de propriété. Éducaloi précise que le vendeur doit toujours confirmer qu’il est bien propriétaire. L’exclusion de la garantie de qualité ne dispense pas le vendeur de transmettre ce qu’il prétend vendre.

Le vendeur professionnel ne peut pas l’utiliser

Une règle protège l’acheteur face aux vendeurs dont c’est le métier. Éducaloi l’indique : si vous achetez un immeuble d’un vendeur professionnel, il ne peut pas vous le vendre aux risques et périls ou sans garantie légale ; il doit garantir la qualité de l’immeuble.

Qui est « professionnel » dépend des faits : un constructeur, un promoteur ou une personne qui fait commerce de l’achat et de la revente d’immeubles n’est pas dans la même position qu’un particulier qui vend la maison de ses parents. La qualification se discute au cas par cas.

Pas de surprise : la clause se négocie avant

Éducaloi insiste sur un point : le vendeur ne peut pas surprendre l’acheteur avec cette clause. L’acheteur doit en être informé avant de signer quoi que ce soit, et il peut tenter de la négocier.

En pratique, la clause apparaît dès la promesse d’achat. C’est à ce moment qu’elle se discute : le prix peut en tenir compte, une inspection plus poussée peut être prévue comme condition, ou la clause peut être limitée à certains éléments. Une fois la promesse acceptée, le notaire reprend dans l’acte de vente ce que les parties ont convenu ; il ne renégocie pas la transaction à la place de l’acheteur.

Ce qui compense la perte du recours

Lorsque la garantie est exclue, la protection de l’acheteur se déplace avant la signature. Les vérifications qui comptent sont les mêmes que dans toute vente, mais leur poids augmente.

VérificationCe qu’elle apporte
Inspection préachatRepère les signes visibles de problèmes, et oriente vers des expertises plus poussées
Déclarations du vendeurFixent par écrit ce que le vendeur dit savoir de l’immeuble
Certificat de localisation à jourRévèle empiètements, servitudes et non-conformités
Examen des titres par le notaireConfirme la propriété et les droits inscrits au Registre foncier
Historique de l’immeubleTravaux, sinistres, réclamations d’assurance connues

Éducaloi rappelle aussi que la garantie légale, même lorsqu’elle existe, ne couvre pas ce qu’une inspection, un certificat de localisation, l’examen des titres ou les déclarations du vendeur auraient révélé. Un défaut apparent n’est pas un vice caché.

Les questions à poser avant la promesse d’achat

Face à une vente sans garantie, quelques questions aident l’acheteur à mesurer le risque qu’il accepte, sans présumer de la bonne ou de la mauvaise foi du vendeur :

  • Le vendeur a-t-il habité l’immeuble, et pendant combien de temps ?
  • Quels travaux ont été faits, par qui, et avec quels documents à l’appui ?
  • Des rapports d’inspection antérieurs existent-ils, par exemple d’une vente précédente qui n’a pas abouti ?
  • Des sinistres ou des réclamations d’assurance ont-ils eu lieu ?
  • La clause vise-t-elle tout l’immeuble, ou peut-elle être limitée à certains éléments connus pour être en mauvais état ?

Les réponses données par écrit ont une valeur particulière : ce sont elles qui permettront, plus tard, de démontrer ce que le vendeur savait et ce qu’il a déclaré.

Les situations où la clause est courante

La vente sans garantie n’est pas en soi un signal d’alarme. Elle répond souvent à une situation légitime :

  • une succession, où le liquidateur et les héritiers n’ont jamais habité l’immeuble et ne peuvent pas répondre de son état ;
  • une reprise de finance, où le prêteur qui vend ne connaît pas l’immeuble ;
  • un immeuble ancien vendu en connaissance de son âge, parfois à un prix qui en tient compte.

Dans ces cas, le vendeur ne cherche pas nécessairement à cacher quelque chose : il refuse de garantir ce qu’il ignore. L’acheteur, lui, doit décider s’il accepte ce risque et à quel prix.

Ce qu’il faut retenir

La clause « sans garantie légale, aux risques et périls de l’acheteur » ferme le recours pour vice caché contre un vendeur non professionnel. Elle ne protège pas le vendeur qui a dissimulé ce qu’il savait, elle n’écarte pas la garantie du droit de propriété, et elle ne peut pas être imposée par un vendeur professionnel. Elle se négocie dès la promesse d’achat, pas chez le notaire.

Le rôle du notaire dans l’achat, dont l’examen des titres et la clause de garantie dans l’acte de vente, est présenté dans notre page sur l’achat de maison. La répartition des rôles quand un litige survient après la vente est expliquée dans la page notaire et avocat au Québec. Ce billet ne dit pas si un problème précis ouvre un recours.

Où vérifier

Informations vérifiées le 14 septembre 2026.

  • Code civil du Québec, livre des obligations, chapitre de la vente (garantie du droit de propriété et garantie de qualité), version en vigueur sur LégisQuébec.
  • Éducaloi, capsules « Immobilier : acheter sans garantie légale », « La garantie légale », « Le vice caché dans un immeuble » et « L’inspection préachat » : educaloi.qc.ca.
  • Chambre des notaires du Québec, information sur l’achat d’une propriété : cnq.org.
Sources

Les références citées dans cette page renvoient au texte en vigueur à la date indiquée.